La problématique de la philosophie du langage test

Hendrik Pos, Hermann Ammann

Translated by Patrick Flack

pp. 61-80


Les recherches d’Ammann en philosophie du langage touchent de très près et de manière extrêmement instructive pour moi à des questions et à des points de vue qui m’occupent depuis plusieurs années et dont j’ai proposé une modeste première formulation dans ma « Logique de la linguistique » (1922). La méthode et les arguments d’Ammann s’apparentent de ma­nière surprenante aux miens sur plusieurs points et ce fut pour moi une découverte stimulante de constater la convergence de nos pensées pourtant indépendante. Ainsi, je soutiens comme lui que la détermination de l’essence doit préserver une réalité immédiate à l’idée de langage, en contraste au concept d’un « en-soi » de l’objet.1 L’appar­tenance de l’idée de langage à l’idée d’homme, la stratification des données empiriques (lan­gage, langue indivi­duelle, mot individuel, homme indivi­duel),2 l’unité de l’intention non seulement comme facteur régulateur mais aussi comme un fait sans lequel le langage et la linguistique ne peuvent exister,3 ou encore la maîtrise du langage comme condition nécessaire pour la linguistique,4 voilà autant de principes que nous avons établis de façon analogue.

Il me semble que la convergence de nos points de vue ne s’explique pas seulement par notre façon similaire de concevoir notre objet, mais aussi par la similarité de la méthode philosophique par laquelle nous approchons ce dernier. Am­mann se revendique certes désormais avec une certaine prudence de la méthode phénoménologique, mais on peut facilement démontrer que ses arguments recèlent encore une bonne dose du transcendantalisme rickertien qui caractérise ses écrits plus anciens et je reconnais donc là un sol commun sur lequel nous nous sommes tous deux tenus fermement à une certaine époque. Qu’il me soit permis de mentionner quelques exemples qui feront clairement voir ce que j’entends par là.

L’attribution du donné factuel à ses conditions a priori et la profonde nécessité d’une croyance dans l’Idée (p. 6, 7 ; 46).

L’usage fréquent du concept de performance pour caractériser les objets linguistiques (p.ex. p. 7, 17, 69, 95, 97, 102, 104(!), 114), point sur lequel je reviendrai plus tard en relation à ma Logique, p. 22.

La conception de la philosophie du langage comme la recherche de buts et méthodes (même si chez Ammann, la stricte séparation entre philosophie et sciences individuelles est sus­pendue), p. 8.

La conception de la relation entre son et signification comme une valeur [Geltung], p. 42, 46 (la valeur en tant que plan onto­logique), 59, 64, 66, 91.

Les points 2 et 4 concernent le plus directement le contenu de la philosophie du langage. Le point 1, c’est-à-dire la recherche des conditions a priori – laquelle constitue aussi le procédé universel du transcendantalisme – aurait pu s’avérer être le plus significatif, si ce n’était que la structure du langage exige une prépondérance de la description. Le fait que les concepts de performance et de valeur apparaissent si fréquemment dans la description témoigne toutefois, selon moi, de la présence d’un reste de philosophie de la valeur que, en lien avec la profession de foi phénoménologique d’Ammann dans sa préface, il aurait été au moins souhaitable de remplacer par autre chose.

En sus de la réduction axiologique et de la description phéno­méno­logique, j’identifie chez Ammann encore une troisième orientation fondamentale, que j’aimerais nommer l’objecti­vation exacte. Le fait que ma Logique converge essen­tielle­ment avec les arguments d’Ammann sur les quatre points sus­mentionnés semble prouver de quelle manière univoque la force d’une méthode peut influencer un matériau. J’étais à l’époque convaincu que seule la réduction axiologique pouvait saisir la vraie forme des phénomènes linguistiques dans la conscience linguistique vivante. Cette conviction découlait de mon concept naturaliste de réalité qui tolérait que le son mais jamais la signification, que le monde extérieur mais jamais l’intention, soient réels. Il ne me restait alors quasiment aucune autre possibilité que de scinder le phénomène du langage dans son entier en matériau sonore réel et en valeur-signification irréelle, un procédé dont je ressentais alors déjà la nature inadéquate et forcée. L’opposition de deux moments si hétérogènes – l’un réel et dénué de sens, l’autre irréel et atemporel – ne correspond pas à ce que constate réellement la conscience linguistique. La distance entre théorie et réalité mène sous cette forme à une aliénation totale entre les deux.

J’aimerais de ce fait aller un peu plus loin qu’Ammann dans mon rejet du moment axiologique, quoique j’accepte néanmoins comme une aide bienvenue le fait que la valeur semble être liée de façon particulière avec le réel chez Ammann aussi : sa définition de la signification au début du chapitre 5 comme étant à la fois « un fait historique » et la durée d’une valeur me convainc pleinement de la stérilité de l’atemporalité dans la­quelle j’avais voulu à l’époque fonder la réalité des faits. Cette définition sonne pour moi comme un avertissement exigeant un « retour à la véritable réalité ». Je souhaite encore indiquer comment le traitement axiologique du matériau linguistique prend forme de façon similaire chez Ammann et moi en me référant aux pages 37 : « Sans recours à la catégorie de valeur, le problème de la relation entre son et signification est insoluble »5 et 67 : « On dira de façon logiquement plus correcte que l’une ou l’autre valeur sonore vaut pour une signification déterminée, plutôt que de dire que les sons ont une signification ».6 Je m’étends peu sur ces démonstrations car, autant que je sache, la tentative de fonder la linguistique dans une perspective philosophique transcendantale est déjà bien établie. Et comme je l’ai déjà dis, je formulerais désormais ces questions tout autrement.

Ajoutons à ces remarques méthodologiques préliminaires et générales quelques notes sur certains passages du livre d’Am­mann qui pourront éclairer le sens de la tripartition qui vient d’être faite. Je tiens à relever une fois encore que le travail d’Ammann m’a beaucoup appris : là où je ne peux être d’ac­cord avec lui, j’en attends malgré tout de nouveaux en­seigne­ments et une clarification de l’objet que nous servons tous les deux.

Les pages 10-14 (sur la question des déterminations essen­tielles du contenu) sont particulièrement intéressantes pour moi d’un point de vue thématique et personnel car, sur la base d’un rejet, désormais très courant en phénoménologie, de toute définition ou détermination concep­tuelle, Ammann y prend position vis-à-vis de ma caractérisation du langage en tant qu’« expression ». En lieu et place d’une fixation conceptuelle du langage, Ammann propose une saisie immé­diate et non formulée de son essence. Comme nous savons déjà ce qu’est le langage, selon Ammann, nous n’avons pas besoin de reformuler explicitement ce qu’il est. Ainsi, le langage est tout simplement le langage. J’aimerais tout d’abord demander dans une perspective méthodologique générale: lorsqu’un phéno­mène est donné avec un nom quelconque, le but de la théorie est-il atteint si je dis : 1° Il existe quelque chose tel que a (dans notre cas : le langage) ; et 2° a est comme il est, c’est-à-dire a, tout un chacun le connaît ? On peut certes croire que la proposition « a est a » possède une signification, mais ce n’est pas la signification susmentionnée. Une vraie signification implique l’obligation de comprendre par a toujours un même phénomène et non quelque chose d’autre. Cette obligation est cependant purement formelle et elle n’a pas de conséquences directes quant à la structure de l’objet ­– à moins que l’on veuille postuler que dans ce « savoir » (p. 10) se trouve déjà incluse une détermination plus étroite de l’objet qui soit également utile à la théorie. Ammann ne veut certaine­ment pas dire qu’il n’y a jamais et nulle part de signification en dehors du donné naturel, ni que l’on ne peut pas définir un phénomène par analyse et synthèse conceptuelle. On ne manque certainement pas d’ex­emples, dans les domaines du droit, de la morale et du langage, de phénomènes définissables qui deviennent juste­ment accessibles per definitionem à ceux qui n’en savaient rien au départ. Certes, Ammann ne parle pas ici d’un principe d’une stricte généralité (comment la science pourrait-elle sinon encore être possible ?), puisqu’il en exclut les phénomènes naturels. Mais on souhaiterait ici élargir la sphère de ces exceptions et il est à mon avis incontestable que, dans les sciences humaines, la définition sert d’appui à la connaissance théorique. Cela dit, il semble possible de montrer pourquoi le phénomène du langage peut paraître propice à une saisie sans définition. Le mode particulier de donation du langage est la possession [das Haben], et celle-ci se distingue spécifiquement de la possession de représentations, de concepts ou d’inten­tions. Il s’agit dans ce cas d’une possession ultime, un mode de possession auquel appartiennent beaucoup de choses concrètes (définissables), partielles, fragmentaires, qui contient toutes ces choses mais qui lui-même n’est toutefois pas contenu de cette même ma­nière. En ce qui concerne ma subordination du langage au concept d’ « expression », je l’échangerais volontiers contre quelque chose de mieux, mais il n’en reste pas moins, pour moi comme pour Wundt,7 que le langage – indépendamment de la manière dont on détermine sa particularité la plus spécifique – trouve sa place dans l’en­semble des fonctions humaines. Il me paraît impossible de poser la relation du langage à l’idée de l’homme, comme Ammann ou moi-même le faisons, dans la perspective d’une détermination absolue.

En relation à la pénétrante analyse du quatrième chapitre, je remarque qu’elle vaut aussi pour les significations des mots allemands. Il est tout à fait conséquent, si la véritable essence du langage est déjà connue, de vouloir chercher un éclair­cisse­ment de phénomènes spécifiques adjacents dans la conscience linguistique « habituelle ». Mais comme Ammann lui-même le craint (p. 13), une analyse de l’essence qui ne se base que sur les significations empiriques des mots doit néces­sairement rester fragmentaire et, d’une certaine manière, arbitraire. En hollandais, nous avons spreken et praten [parler] comme équivalents approximatifs de sprechen et reden. Mais Redner [orateur] se dit spreker (dans le cas particulier de la perfor­mance, mais aussi : een goed spreker [un bon orateur]). Rede [discours] se dit rede, qui signifie aussi raison en hollan­dais. Nous avons aussi le mot redenaar, qui ne désigne que l’orateur doué, alors que feestredenaar se dit de n’importe quel Festredner [orateur de cérémonie], mais pas du spreker d’une présentation quelconque. On peut dire au choix que quelqu’un est un excellent spreker ou redenaar, le second recevant toutefois une connotation plus festive et moins mo­derne. Il existe aussi « redeneeren » [discourir], qui recouvre en partie reden.

Il n’en va pas autrement dans le cas des analyses du chapitre suivant. Que beduiden soit l’(ancien) équivalent de l’allemand bedeuten est vrai dans « Wat beduidt dat ? », qui signifie « que veut-on par cette action ou ce discours ». Sinon, l’allemand bedeuten équivaut au hollandais beteekenen, qui apparaît dans les vieilles traductions de la Bible dans le sens de « indiquer, faire allusion à », mais qui aujourd’hui correspond exactement à l’usage de « bedeuten » proposé par Ammann. (Bedeutung = beteekenis = sens et importance). Le beduiden actuel signifie « donner à comprendre par un signe » ou « faire sentir par allusion indirecte ». L’allemand bezeichnen [désigner] se dit en hollandais aanduiden, autrement dit exactement par son contraire.8 Il y a aussi un adjectif onbeduidend = unbe­deu­tend [insignifiant], je soupçonne toutefois ce mot d’avoir une origine d’emprunt puisqu’on peut aussi dériver l’adjectif on­beteekenend de beteekenen. Il est donc clair que des expressions qui ont sans doute possible la même origine étymologique peuvent recevoir des fonctions aux nuances directement opposées. Je dois remarquer encore à ce sujet que pour nous autres Hollandais, l’allemand présente des difficultés toutes particulières en vertu de l’apparence trom­peuse des correspondances étymologiques. On pourrait ainsi être tentés, puisque les expressions sont trom­peuses d’un point de vue phonétique, de se rattacher à l’existence de différenciations intentionnelles similaires. Mais cela n’est pas tenable non plus car, en allemand autant qu’en hollandais, une même expression possède plusieurs nuances qui aux yeux d’une théorie stricte ne peuvent coexister dans un seul et même mot (qui serait alors ambigu). L’hypothèse qu’une lan­gue empirique quelconque surpasse une autre en clarté phénoménologique est bien sûr absolument arbitraire et on se demande dès lors si la description de ce moment essentiel du langage ne devrait pas s’orienter selon une instance plus concrète et moins contingente que ne l’est la référence à des différences que l’on trouve dans une certaine langue donnée. Ce qui est exprimé par les synonymes reste un pur mais néanmoins fragmentaire éventail de moments dont le contexte total et essentiel doit être découvert par un approfondissement difficile de l’idée du langage.

Toujours au sujet du chapitre V, on peut dire que le problème de la signification concerne, pour moi aussi, le noyau essentiel du langage. Ce problème nous ramène donc à la relation entre son et signification. Tout dépend de comment on formule les faits fondamentaux auxquels cette problématique se rattache. La méthode de la détermination des faits est ici absolument décisive. Si on réussissait à trouver un point où la séparation conceptuelle sans issue qui marque l’opposition entre son et signification n’existait plus ou n’était pas encore là, on pourrait remplacer cette formulation du problème par une autre et on atteindrait la solution simplement du fait que cette rigide opposition serait alors à mettre au compte de la méthode. La conception objectivante des phénomènes linguistiques s’ex­prime dans des catégories qui constituent un pôle opposé à la description phénoménologique. Je pense pouvoir montrer cette différence en testant ces deux méthodes par rapport au même matériau :

Descriptif

Objectivant et normatif

Dans cette optique, on ne s’oriente pas vers la langue mais vers l’objet. Parler, écouter, travailler se relaient. On traite de personnes, de choses, d’états, d’objets. Les fragments de conversation suivants peuvent éclairer la perspective phénoménologique :

1. A : Quelle est cette chose ? Je ne la connais pas.

B : C’est un chameau. Sais-tu ce qu’est un chameau ?

A : Non, je n’en ai jamais entendu parler.

B : C’est un animal qui vit dans le désert.

2.A : As-tu jamais entendu parler de N (Nom) ?

B : Non, je ne le connais pas.

3.A : Käse, qu’est-ce ?

B : La même chose que fromage.

A : Est-ce un vrai mot ?

B : Oui, en allemand.

Position de base : des mots qui ne sont pas de vrais mots n’existent pas, le mot est la signification.

4. A : Pourquoi cela s’appelle-t-il un arbre ?

B : Car c’est un arbre.

Parler est une activité humaine exécutée via les organes de la parole. Parler donne lieu à une compréhension mutuelle. Les organes produisent des sons auxquels sont rattachées des significations pour le locuteur et l’auditeur. Le lien entre son et signification a le caractère d’une valeur. Il n’est fondé ni dans la nature du son, ni dans celle de la signification. Il est institué par les hommes et, puisqu’il n’est pas essentiel, il est contingent, éphémère, limité. On ne peut donc enregistrer à partir des différents systèmes de sons et de significations que les attributions fondées spatialement, temporellement et personnellement.

Ces remarques impliquent les principes suivants :

Ce qui s’appelle a s’appelle toujours ainsi ;

Ce qui s’appelle a s’appelle partout ainsi ;

Qui dit a dit toujours la même chose ;

a est partout a.

Lorsqu’on parle d’une chose, il s’agit toujours de la même. S’il s’agit toujours de la même chose, alors c’est vraiment la même (confiance naïve dans la répétition identique du mot et de la persistance de la chose). Il est tout à fait naturel d’appeler les choses de leur vrai nom : seul l’étranger a des noms « étranges » pour elles.

Voici ce qui correspond aux principes phénoménologiques adjacents :

Ce qui s’appelle a s’appelait autrement avant;

Ce qui s’appelle a ne s’appelle pas partout ainsi ;

Qui dit a ne dit jamais le même a, il le vise simplement ;

a est partout a.

Il y a autant de langues que d’individus. Les étrangers et les indigènes sont égaux au regard du langage parce que la relation son-signification n’est que normative et relative.

À la page 59 se trouve un passage où l’on peut très clairement observer la transition de la philosophie du langage à l’ontologie. Je constate avec plaisir que la pensée pragmatique d’Ammann souligne les rapports de la logique et de l’ontologie avec la linguistique, brisant ainsi l’isolation dans laquelle certains spécia­listes aimeraient maintenir cette dernière. Je me suis moi aussi efforcé de démontrer ces rapports9 et les trouve exposés dans les parties épistémologiques du livre d’Ammann (par exemple pp. 97-106) de façon plus claire et plus concrète que je n’y ai réussi moi-même. Il m’incombe dès lors d’être d’autant plus critique dans les cas où, selon moi, ces rapports nécessaires ont été établis de façon trop rapide ou n’ont pas été suffisamment pris en considération, ainsi que là où une confusion entre la conscience linguistique concrète et la réflexion ultérieure se substitue au lien structurel entre linguis­tique et épistémologie. Ammann dit à la page 59 que « le langage contient des éléments dont la signification ou la valeur linguistique s’épuisent dans le fait qu’ils expriment certaines positions de conscience se rapportant aux contenus expri­més ». Le contraste entre positions de conscience et contenus n’est-il pas un produit de la réflexion au même titre à peu près que la scission entre son et signification ? Cette opposition n’a-t-elle pas un corrélat dans la pensée linguistique, c’est-à-dire là où elle se manifeste véritablement ? Des mots tels que mais, maintenant, ou pas, qui souvent soulignent ce qui est important dans une phrase, n’ont pas pour but de mettre en évidence pour l’auditeur la position de conscience du locuteur, mais bien de souligner ce qui est concrètement important dans le contenu prononcé. L’apprentissage correct et objectiviste – qui nous apprend à différencier entre le propre et le concret puis à préférer le second au premier – est ainsi étranger à la parole réelle.

Si je ne fais erreur, les frontières entre les perspectives phéno­ménologique et objectivante sont tout aussi fluides à la page 71. L’identité nominale [Nämlichkeit], selon Ammann, « en toute rigueur ne s’applique qu’à l’homme ». Si Ammann entend fournir par là une indication quant à l’emploi théorético-scientifique de cette catégorie, il est compréhensible qu’il fasse plus tard mention de l’unité biologique de l’homme. Mais il est alors difficile de comprendre de quelle manière l’unité matérielle puisse constituer un « tout autre fondement de l’unité ». Le fait que l’unité biologique ne soit pas matérielle – puisqu’il est bien connu que « les composants matériels du corps se renouvellent au bout d’un certain temps » (p. 71) – ne saurait être invoqué comme étant à l’origine phénoménologique du concept orga­nique d’identité nominale : ce fait est de toute évidence une découverte tardive qui semble plus apte à bousculer le concept d’identité nominale qu’à le fonder. Si l’unité biologique est présentée malgré tout comme le véritable fondement de toute identité nominale, cela démontre alors plutôt qu’une différence d’unité matérielle et biologique – je parlerais d’ailleurs plus volontiers d’identité nominale – n’est pas originairement donnée. Si on savait vraiment que le substrat matériel se renouvelle régulièrement, on chercherait plutôt un fondement fixe à la catégorie de l’identité nominale dans quelque chose comme « l’anneau du grand-père » qui ne serait pas soumis à un changement matériel en ce sens. Même si toujours plus de choses « nominalement identiques » se dispersent au regard de la perspective critique ou, par contraste, même si les sciences naturelles aboutissent à une certaine unification (qu’Ammann décrit à la page 102), la continuité que l’on peut constater autant dans une chose matérielle que dans une créature vivante demeure un constituant essentiel pour les deux, et je ne saurais décider si celle-ci n’est pas autant présente originairement dans la chose que dans la créature vivante. Il est bien sûr possible que l’on projette une certaine unité dans le monde des choses à partir du vécu intérieur, mais cette possibilité résulte tout aussi peu de notre observation des choses que la perception des couleurs ne dépend de la disposition de la rétine ; l’explication (objectivante) que l’on peut faire de l’apparition d’un nouvel emploi de la catégorie d’identité nominale ne remplace en effet pas la description de l’évidence grâce à laquelle on perçoit que des choses et des personnes se correspondent nominalement.

Il me semble qu’une extension excessive du concept de performance, laquelle constitue selon moi un reliquat transcen­dantal et téléologique, pèse sur la détermination essentielle du nom propre (voire chapitre VI). La performance du nom propre dans certains emplois consiste à différencier les personnes, mais il ne s’agit là de loin pas de son essence. On pourrait tout aussi bien penser que la fonction de différenciation est une performance du mot. À vrai dire, la philosophie transcen­dantale possède une conception très simple de la totalité : elle ne reconnaît que ce qui est naturel ou ce qui a une valeur et elle force donc toutes les multiples structures intermédiaires du réel dans ses schémas. Le nom, coincé qu’il est entre le son naturel et la « performance différentielle », ne représente rien de statique pour l’analyse téléologique : son essence est la performance. Mais la performance n’est pas son mode de donation originaire : sa véritable essence propre n’est ni la fonction de différenciation, ni ce qu’il accomplit parfois, mais bien ce qu’il est toujours. Si plusieurs personnes ont « le même » nom, cela n’est pas grave dans la mesure où ce qui est essentiel dans le nom est évident de cas en cas. Si l’essence du nom dépendait vraiment de la différenciation, ce dernier fait serait déjà impossible. La vraie « performance » n’est ainsi pas tant que chaque homme possède un nom, mais qu’il possède justement tel nom donné et qu’il le considère comme un aspect de son essence ; la vraie performance du nom n’est pas de démarquer négativement un individu d’un arrière-plan de personnes qui se confondraient sans leurs noms, mais d’instituer une relation immédiate et positive à l’être propre de cet individu. Même si on constate après coup qu’un nom est ambigu, cette ambigüité résulte en fait d’une objectivation qui transcende l’unité essentielle originaire de l’une ou l’autre chose dans l’acte de comparaison. Le constat grâce auquel un « même » nom s’avère être le nom autant de A que de B prend dans ce cas la place de la correspondance qui est originairement ignorée.

Si le nom possède effectivement une relation fixe à son essence, cette relation peut aussi « accomplir » la différen­ciation. Mais cette performance se trouve aussi peu dans l’essence originaire du nom que le nom lui-même est lié à une telle performance ; les ajouts qui résultent du besoin de différenciation le démontrent très clairement. Initialement, la perspective de la différenciation était encore très distante. Aujourd’hui encore, pour nous non plus, le processus de ratio­nalisation n’est pas assez avancé pour que la performance de différenciation soit devenue la seule. Cette performance ne serait de plus pas spécialement efficace, car on évite de confondre des personnes non pas grâce à la différentiation de leurs noms, mais grâce à l’attribution univoque d’un nom à une personne.

Je n’interprète pas la relation fixe à l’essence comme si toute l’essence d’une personne était présente dans un nom, telle qu’elle l’est par exemple dans une image : le lien originaire consiste bien plutôt à ressentir immédiatement un nom comme quelque chose d’essentiel. Si irrationnelle, conditionnée histo­rique­ment ou inadéquate que soit cette relation, elle se révèle lorsque le regard se tourne vers l’objectivation et que l’identité du nom est comparée à l’identité des personnes qui le porte. – Le cas « il y a un vrai N » (nom de famille) constitue une transition du lien essentiel vers l’objectivation, analogique­ment au cas dans lequel une stricte différenciation est exigée. La performance est donc une fonction dérivée. La connexion entre les conceptions primitives et rationalisantes des sciences natu­relles (qui selon moi, ne sont pas nos conceptions habituelles ; cf. p. 103) devrait justement être visible dans nos intentions quotidiennes.

J’aurais encore beaucoup d’autres choses à dire sur le livre d’Ammann et la discussion que j’en propose est également partiale du fait qu’elle mentionne plus les aspects philosophiques que les questions spécialisées de notre problématique. Ce sont toutefois justement les problèmes philosophiques effleurés par Ammann qui répondent le mieux à l’intérêt du cercle élargi des lecteurs de ce journal. La philosophie du langage d’Ammann est un champ où les méthodes transcendantale et phénoméno­logique se rencontrent. Nombreux soient donc ceux qui ne fassent pas ici qu’observer, mais sautent sur l’occasion !

H.J. Pos

Dans les formulations que Pos et moi-même partageons, on trouve un nombre de choses qui sont à vrai dire immédiate­ment évidentes et qui n’ont besoin d’être encore et toujours rappelées que parce qu’en science l’arbre cache parfois la forêt. On peut mentionner en ce sens l’appartenance de l’idée de langage à l’idée de l’homme, l’unité du mot relativement aux transformations qu’il reçoit dans la langue, l’unité de la signifi­cation relativement à ses représentations changeantes. Sur d’autres points, la correspondance de nos idées ne me semble pas aller aussi loin, à voir par exemple la conception des langues individuelles qui me parait être chez Pos (p. 44) encore influencée par la pensée humboldtienne. Pour Pos, le plus important dans le langage c’est sa systématicité particulière, pour moi c’est sa dépendance vis-à-vis d’une communauté humaine.

En ce qui concerne les traits dans lesquels Pos croit reconnaître un transcendantalisme rickertien, il me semble que, dans mon cas au moins, on ne peut en fait pas dire que je me sois tenu « fermement » sur le sol de cette tradition. Je reconnais avec gratitude avoir été l’élève de Rickert, mais je me sens néan­moins plus à l’aise avec ses arguments méthodologiques qu’épistémologiques. À ce titre là, Pos a sans doute raison lorsqu’il décèle une influence de Rickert sur la conception qui fait de la philosophie du langage une question de buts et de méthodes. Par ailleurs, je tiens à ce que des mots tels que valeur et performance (= « fonction ») soit défini de manière relativement immanente, la valeur au sens donc d’une véritable reconnaissance, et la performance comme quelque chose qui se trouve dans le vécu immédiat du donné auquel on reconnaît une valeur.

En ce qui concerne les idées de Pos sur la valeur de la définition, je souhaiterai peut-être une fois m’exprimer à ce sujet dans un autre contexte. Il est évidemment nécessaire de préciser le sens que possèdent aux yeux d’un locuteur des mots dont la signification est ambigüe ; mais il me semble que le mot « lan­gage » – une fois la structure de sa signification expliquée – ne nécessite pas d’autres délimitations, puisque l’usage d’un mot transmis consciemment s’efface de toute façon par lui-même. En philosophie, par ailleurs, on devrait justement éviter toute déviation inutile de l’usage linguistique le plus simple. Ce ne peut être qu’à l’avantage du philosophe que de se laisser guider par la sagesse de la langue.

Pos touche à un point très important avec la question du sens de discussions synonymiques qui se meuvent sans cesse dans le cadre d’une langue définie ou, encore mieux, dans celui de plusieurs langues comparées arbitrairement entre elles. Puisque Pos admet la justification relative de ce procédé et que je ne le considère moi-même que comme un moyen heuristique pour introduire les problèmes, nous avons affaire ici non pas tant à une différence fondamentale de nos points de vue qu’à une différence graduelle d’évaluation. Je maintiens néanmoins que notre pensée n’est pas liée absolument au langage, mais bien à « cette » langue dans laquelle nous pensons ; celui qui possède plusieurs langues possède aussi plusieurs façons de penser. Des langues de formes internes et externes aussi proches que l’allemand et le hollandais se prêtent ici peut-être moins à la comparaison : mais l’opposition entre allemand et français ou, bien plus encore, l’opposition entre les langues classiques et modernes sont utiles sur cette question.

Il est difficile de dire comment la conscience linguistique naïve évalue la valeur de mots comme mais, pas, maintenant car ceux-ci n’apparaissent qu’en contexte et, même là où ils apparaissent comme des « équivalents de phrase », ils sont encore essentiellement dépendants d’un contexte. Le moment subjectif et la dépendance à la conscience du locuteur ne peuvent toutefois pas être éliminés du contexte de l’énoncé : ce que je « communique » est toujours ma connaissance propre des événements ou des relations au sujet desquels je parle. Ainsi, la communication apparaît aussi à l’auditeur naïf comme une communication de ce que je sais moi. De ce fait, on ne peut en donner une alternative concrètement signifiante que dans la mesure où j’en ai aussi conscience. Je ne pourrai m’exprimer plus en détail sur tout cet ensemble de questions que quand la seconde partie de mon ouvrage sera publiée. Pour le moment, je peux dire seulement que les particules mais, pas, maintenant ne sont en tous les cas pas des indications de l’opposition, de la négation ou du présent dans le sens qu’ont les mots abstraits opposition, négation, présent.

L’opposition des procédés « descriptifs » et « objectivants » nous révèle les grandes difficultés qui se situent au cœur du problème, à cause surtout de l’étroite relation qui unit la parole, la pensée et l’objectivation. On passe soi-même très facilement de la description d’une attitude réflexive à la réflexion et, inversement, l’objectivation se transforme très vite en une simple description du procédé objectivant. Le point de départ de l’attitude descriptive est correctement choisi et rendu clairement reconnaissable par Pos ; même ses petits dialogues illustratifs sont très convaincants tant que l’on ne réfléchit pas au matériau linguistique. À ce niveau, la relation entre chose et nom constitue également un simple rapport concret ; la dis­tinction entre être et appellation n’est encore pas du tout faite. Les concepts de « correct » et de « faux » (« cela ne s’appelle pas comme ça, mais comme ça »), qui ne peuvent faire défaut ici, appartiennent également à ce niveau de la pensée. Ce qui suit me satisfait moins. Dans le cas de l’opposition entre mots allemands et français, il me semble que le fait qu’il s’agisse là d’une conscience des limites de la valeur est masqué par le choix d’une expression forcée et psycho­logiquement invrai­semblable. Il me manque de plus une justi­fication psychologique pour le questionnement de l’au­then­ticité d’un mot dans la question « Pourquoi cela se nomme-t-il un arbre ? ». Dans un mot comme arbre, il n’y a pas de « sépa­ration préparatoire »; celle-ci dépend d’un sentiment d’inadéquation qui ne s’active que là où une signification est reliée à une autre, comme c’est le cas des énoncés dérivés, composés ou retransmis, autrement dit, des « expressions », mais pas des simples noms.

Je ne peux pas non plus attribuer à la relation entre son et signification l’importance centrale que lui donne Pos. Il n’y a des « sons » dans le langage que pour la réflexion, qui doit d’abord détruire les mots ou les unités de signification pour parvenir aux sons sans signification. Je pourrais tout au plus coordonner « son » et « expression » – car tout son, même celui qui est produit mécaniquement, est en un certain sens expressif ou est interprété comme une expression –, mais pas « son » et « signification » ; le porteur de la signification est le mot qui, justement, est plus qu’une simple somme de sons. La question de la relation entre son et signification ne me semble pas avoir de solution fructueuse. On peut se demander, dans une optique génétique, comment des mots signifiants sont produits à partir d’énoncés sonores dénués de sens ; je me suis exprimé à ce propos dans les deux derniers chapitres de mon ouvrage. On peut aussi explorer la relation entre l’image sonore et la signification des mots avec les moyens de la recherche empirique, comme je l’ai fais dans mon article « Le son et la signification des mots dans le nouvel haut allemand écrit ».10 En revanche, le son en lui-même, en tant que donnée physique, possède une relation tout aussi peu évidente avec la signification historique des mots que la composition chimique de l’encre que j’utilise pour écrire ne l’a avec le contenu de ce j’écris.

Mon avancée dans le très difficile domaine du problème de l’identité avait pour objectif de démontrer que la catégorie de l’ « identité nominale » [Nämlichkeit] est indépendante de celle d’« égalité » [Gleichheit] ; le vécu originaire de l’identité nomi­nale, la conscience de l’unité du Moi n’a rien à voir avec l’équivalence, mais repose sur la continuité de ma propre conscience. Le constat que toute autre continuité perçue par nous sur la base de la répétition d’impressions semblables est secondaire et dérivée face à ce vécu originaire me semble tout de même être philosophiquement bien plus essentiel que l’aperçu de Pos sur la relation de la structure rétinienne et la sensation des couleurs.

Il ne pouvait être mon intention de vouloir traiter de façon définitive le problème du nom et sa relation à son porteur ; ma présentation a ainsi parfois été un peu partielle. Il m’était essentiel d’établir négativement que l’attribution d’un nom à une personne n’a pas la valeur d’une relation de signification au sens linguistique. Ce que Pos apporte de positif à cette relation constitue certainement un complément précieux à ma propre présentation. Je ne peux cependant admettre, à l’instar de Pos, que la fonction de différenciation du nom, que j’ai peut-être trop mise en avant, soit originairement étrangère à l’essence du nom – on peut comprendre le mot originaire ici autant au sens génétique que conceptuel –, ou alors seulement dans la mesure où l’expression « différencier » vise quelque chose de purement théorique. Le nom personnel sert en effet depuis toujours d’appel et il est dans son essence que celui qui est appelé à la fois ressorte du nombre de ceux qui entendent l’appel simultanément et qu’il sache que c’est lui qui est visé. Ce moment efficace ne peut tout simplement pas être éludé ; s’appeler ainsi ou ainsi implique aussi de se faire appeler ainsi ou ainsi (χαλείσϑαι, vocari). Le nom est donc depuis toujours l’appel que celui qui est appelé « entend ». Sa fonction dif­féren­tielle est fondée ainsi.

H. Ammann

La réponse de mon collègue Ammann à mon commentaire de son livre contribue grandement, il me semble, à une clarification mutuelle de nos points de vue. Je ne souhaite dès lors aborder encore que quelques points sur lesquels la discussion pourrait être poursuivie de manière fructueuse.

De ce que dit Ammann sur la valeur et la performance (fonction), il ressort que lui aussi envisage un usage « im­manent » de ces concepts, ce dont je déduis qu’il veut les comprendre comme les éléments d’un constat descriptif. À cela s’ajoute aussi le fait qu’il est une fois question d’une conscience des limites de la valeur. Bien que je salue avec joie cette intention descriptive et non-objectivante, la question de la justification du contenu de ces éléments précis s’impose néanmoins d’autant plus fortement : la « valeur » et la « per­for­mance » appartiennent-elles vraiment au constat descriptif ? Sans parler du fait qu’ils n’appartiennent certaine­ment pas à la même sphère (la « performance » est bien plus objectivante), j’ai aussi des doutes quant à la soi-disant conscience de la valeur et ses limites. J’observe en effet que, dans le contexte linguistique, les expressions négatives primaires sont « on ne dit pas cela ainsi » ou « on ne peut pas dire cela ainsi », alors que les énoncés normatifs corrects se formulent de la façon suivante : « on ne peut, on ne devrait pas dire cela (de cette manière) ». Les deux derniers exemples possèdent cependant un sens pragmatique et non pas linguistico-normatif. Cette différence devrait signifier que la conscience linguistique vise d’abord des faits et non pas des valeurs quand elle s’interroge sur les « limites de la valeur ». La différence fondamentale dans nos deux conceptions réside donc dans l’évaluation de la pensée réduite à ses conditions préalables : alors qu’elle semble directement contenir des contenus descriptifs chez Ammann, je crois moi qu’elle dépasse absolument ce qui est effectivement donné. J’espère néan­moins traiter de ce problème dans un autre contexte.

En ce qui concerne la remarque d’Ammann sur l’absence de raison psychologique autant pour la question sur l’unité d’un mot que pour la question « pourquoi cela s’appelle-t-il un arbre ? », je fais remarquer que ces questions révèlent déjà une intervention de la réflexion. La seconde en particulier est une question polarisante que précédent clairement les deux questions primitives « qu’est-ce que cela ? » et « comment cela s’appelle-t-il ? ». Je crois moi aussi qu’il existe « à peine » une relation entre son et signification. Cet « à peine » est pour moi précieux parce que l’imitation artificielle de la parole par­vient quand même à éveiller de manière approximative l’impression d’une véritable parole. Je visais moi aussi la production humaine de son avec l’expression « son », mais je ne vais pas aussi loin dans ma séparation que ne le fait Ammann, car je maintiens que la parole, en tant que chose sensible et audible, doit d’une façon ou d’une autre rester en contact avec la science du sensible, même si cela ne devait être le cas que dans une analyse déjà extrêmement avancée. Je suis d’accord avec Ammann qu’on ne peut atteindre une « solution » via cette extrême opposition, mais je tenais à indiquer que la solution ne doit pas être recherchée dans ou après ce processus de séparation croissante, mais bien avant celui-ci, quelque part dans le donné immédiat.

À l’origine, le nom n’était qu’un appel. « Appeler » correspond certes au latin vocari mais, de façon toute à fait significative, il ne donne pas nomen (le nom) et dérive en fait de vox (la voix). En grec, la situation est comparable, puisque ὅνομα permet la dérivation adverbiale de nommer. Le fait que le latin nomen est apparenté à gnosco semble certes constituer une indice de l’essentialité du nom, mais il me semble plus correct de séparer l’étymologie historique et la description de l’ori­gi­naire.

H.J. Pos

NOTES

1 Ammann, p. 5, Pos, 45.

2 Ammann, p. 16, Pos, 20, 27, 31.

3 Ammann, p. 20, Pos, 34.

4 Ammann, p. 5, Pos, 42.

5 La logique de la linguistique.

6 La logique de la linguistique.

7 Völkerpsychologie I,1 : Die Sprache, pp. 253 ss. Et I, 2, p. 650.

8 Ndt : Là où l’allemand utilise « deuten » (indiquer), le hollandais utilise « teken » (signe) et inversément, là où l’allemand utilise « zeichen », le hollandais utilise « duiden ».

9 Notamment op. cit. p. 162, « Relation au donné objectif au sens large ».

10 Neue Jahrbücher für Wissenschaft und Jugendbildung 1925, pp. 221 sqq.

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TRANSLATED-FROM
(1929) "Zur Problematik der Sprachphilosophie", Philosophischer Anzeiger 32, pp.148-165.